Premier article de mon second blog, donc...

Salut à toi, traîne-la-guêtre surfant entre les circonvolutions intellectuellement gambillardes de ce blog!

Depuis que Cornedubu s'était fricassé les ratichons sur un os de Montesquieu lors de la Corrida Annuelle des Picacouanes à l'Esprit Surfinaud (plus connue sous le blaze de CAPES de philosophie), il avait échu à votre serviteur [NB:je ne suis pas votre bonniche pour autant!] de s'assurer de la bonne tenue du désormais défunt Bistrot des Copains.
Hélas, mes frêles et tendres épaules n'avaient pas tardé à ployer sous le poids de la tâche qu'il fallait accomplir, et mon bocal à prendre des allures de ballon...Ma résolution fut alors vite prise:d'un seul clic, je rayai le troquet de la si superficielle surface de la skysphère sans faire de vagues, laissant les avaleurs(ses) de pois gris qui déversaient infatigablement leurs amphigouris andouilliques à leur baude mentale.
Mais, Sapristoche!les accusations n'en continuaient pas moins de pleuvoir comme cycliste professionnel qui pisse:
thénardier!
va-de-la-gueule!
sirote-vendange!
cogne-fêtu!


Cornedubu en ferma son parapluie.

Tombé du ciel tout droit dans la platine n°4 de ma chaîne hi-fi, Tom-Bombadilom attaqua immédiatement à grands coups de cocktail Molotov la cloche de bois où je m'apprêtais une fois de plus à déménager. La léthargie où j'escomptais me laisser couler prit dès lors l'eau comme un vulgaire sous-marin d'attaque russe, tandis qu'une douce et folle allégresse me submergeait.Je coulais ma galère, et me jetai à l'eau:il fallait mettre sur pied un nouveau blog.
Mais pas n'importe quel dépotoir à confises confidences, non!un cloaque à la fois chabraque et foutraque, un bastringue à la fois louftingue et brindezingue...bref (comme le disait si bien Pépin le ci-nommé), un sacrément beau bordel.
Je fonçais bille en tête dans l'exécution de ce nouveau projet (en joue...feu!), sans toutefois y mettre Martel ou migraine.Il fallait demeurer Cool, Raoul...Tranquille, Achille...Peinard, Bernard...Placide, Alcide....sans toutefois devenir demeuré (jeu de mots pourri n°1:ca commence fort!).


Tout ça pour quoi?

Pour enfin savourer le moment si délectable où je peux vous souhaiter:


BIENVENUE SUR MON BLOG !
Premier article de mon second blog, donc...

# Posté le mercredi 17 juin 2009 03:17

Modifié le mercredi 17 juin 2009 03:30

Tom-Bombadilom a aussi élu domicile sur MSN!

....Et , il ne peut y avoir aucun soupçon de fraude!
Tom-Bombadilom a aussi élu domicile sur MSN!
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# Posté le mardi 16 juin 2009 03:43

Modifié le mercredi 17 juin 2009 04:10

Mais qui est donc ce pauvre Tom/Tom/Tom Bombadilom?

Mais qui est donc ce pauvre Tom/Tom/Tom Bombadilom?
Tom Bombadilom, Jacques Higelin

Y'a un drôle d'homme
Qui se nomme
Tom Bombadilom
Tous les gosses
du quartier l'appellent
Tom Bombadilom

Son carrosse est tout rouillé
Et ses bottes sont trouées
Y'a des asticots dans le tuyau de son shilom

O pauvre Tom
Tom
Tom Bombadilom
O pauvre Tom
Tom
Tom Bombadilom

Tom Bombadilom leur dit
Je m'en fous
Tom Bombadilom leur dit
Pensez-vous

Le loup a croqué ta femme
Y a ton château qu'est en flammes
Tu iras en enfer si t'avales tes trois litres de rhum

O pauvre Tom
Tom
Tom Bombadilom
O pauvre Tom
Tom
Tom Bombadilom

Tom Bombadilom leur dit
Je m'en fous
Tom Bombadilom leur dit
Moquez-vous

Tant que le diable chaque soir
Jouera du luth dans mon placard
Tant que le fées viendront rêver sous mon chapeau
Tom Bombadilom a dit
Il fera beau
Si beau

Un jour le drôle d'homme qu'on nomme
Tom Bombadilom
M'a dit me parlant des hommes
Je les trouve bizarres

Comme un poulet dans le noir
Tenant une prise de courant
Qui cherche en tâtonnant à se brancher quelque part

O pauvres hommes
Comme
Un poulet dans le noir

Tom Bombadilom leur dit
Je m'en fous
Tom Bombadilom leur dit
Lâchez tout

S'ils n'en font jamais qu'à leur tête
Ils feront sauter la planète
Moi je retourne chez les lutins et les fous

Tom Bombadilom m'a dit
Venez-vous
?




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# Posté le mardi 16 juin 2009 09:24

Modifié le mardi 23 juin 2009 02:52

"L'horreur! l'horreur!"

"L'horreur! l'horreur!"

C'était peut-être ça la béatitude:Badauder dans les sous-bois, les paluches dans les fouilles, un air de Mademoiselle K sur les badigoinces (Fringues par fringues/Je retire tout ce qui est de trop/Sur toi/Je pourrais même tout arracher/Te coincer entre deux portes/Que le diable m'emporte), les sens en osmose avec la mère Nature et une mirette sur mon sac à puces trop occupé à se vidanger les boyaux pour prêter attention au jeune chevreuil qui le borgnotait du buisson voisin avec une curiosité non dissimulée.Oublier la marche inexorable des broquilles sur la dégoulinante, les bernicles qui s'épaississent et le cresson qui s'amenuise.Ne plus être que cliquettes, calots, renifloir, allonges, bureau.Un casaquin, savant assemblage d'arêtes et de tripailles qui se gamberge en train de gamberger...un être conscient de lui-même, quoi.

Mais ma berlure, elle, était ailleurs.Elle s'était trop profondément enfoncée aux coeur des ténèbres, dans les pas de Marlow, pour en revenir de sitôt.Elle continuait d'explorer les méandres de cette "nuit des premiers âges" dont Kurtz avait fait son royaume, démon parmi les démons.Elle traquait sans relâche cette "vérité dépouillée des oripeaux du temps" dont Conrad n'avait pu restituer qu'un "mélange d'absurdité, de surprise, d'ahurissement dans l'angoisse qui se révolte, cette sensation d'être en proie à l'incroyable"...La déconnante intégrale, quoi.

J'étais à dache de ce sous-bois paisible et ensoleillé.Quelque part entre les lignes d'un babillard, transpirant sévère de la coiffe, bien loin du bataclan habituel du monde.Pénard, les orteils en éventail,les bras à la retourne.Dans un coin badour à souhait, le ballon sur un billot, tirant ardemment ma cosse...Heureux, quoi.







# Posté le jeudi 25 juin 2009 16:41

Modifié le mardi 30 juin 2009 03:45

Dégénérescence enchantée



Il existe une raison bien simple au phénomène James Bond:l'homme est un animal qui, parfois, lorsqu'on le bourre de Technicolor, de jolies filles, de cascades et de rythmes effrénés, a le pouvoir d'abandonner son esprit de sérieux et de se retrouver en culotte courte.Bond a le privilège avec quelques autres, et ce n'est pas son moindre mérite, de faire ressurgir en nous l'enfant qui sommeille.

Gloire à 007 de faire écarquiller des yeux d'autrefois à de vieux petits garçons.




Patrick Cauvin, Dictionnaire amoureux des héros, éditions Plon

# Posté le dimanche 19 juillet 2009 14:14

Modifié le mardi 21 juillet 2009 04:06

L'apathie, à ses enfants reconnaissante

L'apathie, à ses enfants reconnaissante
Antichrist, c'est d'abord l'histoire d'une faute professionnelle autant que morale.

Tandis qu'il besognait vigoureusement sa bourgeoise, le dingodoc incarné par Willem Defoe n'a pas vu son biscottin ouvrir la fenêtre de sa chambre et prendre un magnifique gadin quelques vingt mètres plus bas, sur le trottoir enneigé.Endeuillé comme il se doit, notre loriot détranche quelque peu sa légitime pour baver des clignots à son aise.
Mais il y'a du gauche:la dabesse incarnée par Charlotte Forever Gainsbourg ne fait pas son deuil, et cachetonne sévère. Aterré par la tronche de déterrée qu'elle arbore, il décide alors de la prendre lui-même en charge, d'en faire sa patiente.Grave erreur!Sa pépée n'est pas simplement névrosée, mais complètement fêlée... bon mari féru de Kama Sutra et mauvais Knock féru de DSM IV, le voici enfermé dans un cabanon au milieu des bois, littéralement au milieu de nulle part, persuadé d'oeuvrer à la pérennité de son couple, de séquences de baudouinage frénétique en séquences de berlurage psychiatrique.
A trop faire le flambard et dauber le Petit Père Sigmund , on finit évidemment par s'attirer des embrouilles.C'est qu'il ne faut déconner avec ces histoires de transfert... C'est pas du chiqué, rien ne sert de chiquer à tout va.Mais il l'aura tout de même bien doré, puisqu'il pourra lui dévisser le coco et décrasser la carrée avant qu'elle puisse finir de le capahuter.

En voilà un film qu'il appartient au registre punk post néo bergmanien!Un vrai cornmovie (cousin alimentaire du pornmovie), made in Hollywood and fourgué by Allociné:le synopsis bien léché, les bandes-annonces alléchantes et les critiques aux langues faussement acérées...un véritable package "éclate garantie".Sans compter bien sûr l'avis éclairé de journalistes professionnels tels que Baptiste Liger de Libération ou Thomas Sotinel du Monde, véritables ampoules grillées des salles obscures..Non, j'déconne pas, tout ça sent trop le pur film qui déchire, quoi.

Mais Antichrist ne déchire pas.

Antichrist choque.
Antichrist heurte.
Antichrist frappe.


Antichrist ne déchire pas, car il déroge aux codes commerciaux coutumiers du cinéma contemporain.
Lars von Trier est un bonnet de nuit doté d'une atroce gueule de faire-part, qui semble s'embistrouiller perpétuellement derrière ses hublots.... vraiment pas glamour pour un rond, le miston.Et quel chat-crevé!un monstre d'insolence, toujours prompt à envoyer sur les fraises le nave aux pieds en cosse de melons qui s'imaginent pouvoir le traiter comme les autres producteurs-trices de navets remuant du panier à crottes sur les tapis rouges des festivals internationaux...vraiment pas du genre à se moucher avec le coude ou faire l'aumône d'un compliment, le croquant.


Antichrist choque, car il bafoue les codes moraux élémentaires du cinéma contemporain.
A l'âge de "l'écran-monde", pour reprendre le terme employé par Gilles Lipovetsky dans Les Temps Hypermodernes (Grasset, Paris, 2004), nos existences sont désormais médiatisées par une multiplicité d'interfaces (les plus visibles: la télévision-réalité, Second Life, Facebook) qui ne cessent de converger, de communiquer et de s'interconnecter, jusqu'à occulter tout questionnement sur le sens des réalités ainsi représentées.Chacun devient au fond l'interprète de lui-même:le caméscope est la raison d'être du groupe d'adolescent(e)s venu(e)s s'offrir quelques sensations "mortelles" dans la forêt de Blair Witch;The Diary of the Dead n'aurait pu voir le jour (voir le jour dans les salles obscures...quel paradoxe!) si Jason ne s'était mis en tête de réaliser un making of du film de fin d'études de ses amis:la simple vidéo amateur qui n'a d'autre but que de satisfaire le narcissisme de son auteur va se muer en témoignage d'actualité puis en un véritable film ( dans le film) intitulé Death of Death.On ne meurt plus, on dis-paraît.
Antichrist met immédiatement le spectateur et la spectatrice aux prises avec le voyeurisme qui motivent fondamentalement leur présence.Le film s'ouvre sur une scène d'accouplement rendue à la fois obscène par la succession des gros plans au ralenti, et sublime par la symbiose des corps entrelacés et de l'aria de Haendel.Fascination, gêne:si ambivalentes que furent les réactions qu'elle suscita, nul ne déhotta néammoins de son fauteuil.On délaissa au contraire les seaux de pop corns, les bouteilles de soda ou les lèvres du partenaire pour se concentrer sur ce qui se passait à l'écran.
Cette scène est-elle obscène?Tout au moins autant que la profusion d'aguichantes escaladeuses de braguettes constamment exhibées sur des affiches publicitaires du métro...celles-ci présentent toutefois l'avantage pour le spectateur et la spectatrice de se cantonner à n'émettre que des suggestions, des allusions:aussi les violentes pulsions qu'elles éveillent peuvent se fondre aisément dans le flux quotidien des fantasmes, laissant à chacun tout loisir de faire son jojo, de se gargariser la muette de pudeur et de retenue.
Mais cette étreinte n'a elle rien d'amoureuse, ou même d'érotique:les corps se happent, se pressent, s'épousent, communiant dans une violence quasiment organique, comme s'ils voulaient se broyer, se détruire.Dans cet enclos, le désert a pris sa revanche sur le désir, le néant existentiel absorbé la plénitude d'être béate du consommateur-trice.

Obligeant sa greluche à prendre une douche sous ses yeux, le bidochard incarné par Willem Defoe commentera d'ailleurs ainsi la thérapie qu'il lui inflige:"c'est bien.Il faut tout montrer".La louloute à la dérive, annihilant toute intimité, aliénant son individualité, déjà fort mise à mal, au profit du spectacle, "l'affirmation de toute vie humaine, c'est-à-dire sociale, comme simple apparence"(Guy Debord,La Société du spectacle, Folio essais, Barcelone, 1996)...Clair comme un pavé dans la gueule d'un flic que ça va partir en vampirisme psychique cette salade.D'autant plus que le matou arbore une bobine bien viceloque, sinon carrément sadique:le drapeau noir flotte sur la marmite, et la certitude de mater un film d'horreur un peu corsé sur le ciboulot de nos spectacteurs-trices en quête d'éclate.
Cette "négation visible de la vie" (Guy Debord, La Société du Spectacle) est cependant moins le fruit que le moteur de cette relation victime/bourreau:plus le "bourreau" contemple, éprouve le besoin de tout voir de sa "victime", moins il se trouve en mesure de comprendre sa propre existence et les ressorts réels de son désir.Ses gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente:incapable d'aider sa femme à faire son deuil, le mari fait appel au thérapeute (ce passage de témoin évacuant au passage la question du deuil du père) qui dès lors se voit ainsi autorisé à empiéter sur les prérogatives du premier, jusqu'à confusion totale des rôles.










# Posté le lundi 10 août 2009 02:15

Modifié le samedi 22 août 2009 02:45

"Tout est signe.Mais il faut une lumière ou un cri éclatant pour percer notre myopie ou notre surdité" (Michel Tournier, Le Roi des Aulnes)

Antichrist ne déchire pas.
Antichrist choque.
Antichrist heurte.
Antichrist frappe.

Antichrist heurte car il ravive des codes esthétiques traditionnels que tend à gommer un cinéma contemporain inscrit dans une dynamique d'hyperbolisation, de recherche systématique de l'hybridation.Mâchoires de Steven Spielberg, Pulp Fiction de Quentin Tarantino, L'Amant de Jean-Jacques Annaud, Benny's video de Michael Haneke ...autant de provocations réitérées, qui ne témoignent cependant d'aucune volonté de rupture;la dérégulation est mise en oeuvre progressivement.Mais à quelle fin?Avec quelle(s) conséquence(s)?
En 1992, lorsqu'il adapte le roman de Marguerite Duras (le feuilleton "de cul à l'alcool de rose" de "la papesse gâteuse des caniveaux bouchés" si chère au palpitant de Pierre Desproges), Jean-Jacques Annaud s'est déjà affirmé comme un réalisateur de premier plan, déployant un style singulier axé autour de quelques procédés majeurs, notamment les jeux de gros plans...Mais avec L'Amant, il franchit véritablement un cap cinématographique:la fixité et la pesanteur du montage en macro-photographies sublime la précision quasiment pornographique de ses nombreuses scènes érotiques jusqu'à en faire l'artère vitale du film...Supplantant ainsi l'histoire originale écrite par Duras, la douleur du temps qui passe se trouvant comme noyée dans la jouissance de l'unique catégorie temporelle représentée, le présent.
Pulp Fiction n'est pas le premier film réalisé par Quentin Tarantino.Il est le film qui va réaliser Quentin Tarantino, faire du grossier cinéphile ricain s'aventurant derrière une caméra au gré de la fluctuation des picaillons en sa fouille (contraint de vendre notamment son Tueurs nés à Oliver Stone faute de pouvoir le réaliser lui-même...) l'apôtre brindezingue de la froutraquerie et de la subtilité dont le seul nom vaut plusieurs millions de dollars.La recette?Trois histoires simultanément contées, sans autre fil conducteur que celui que détisse leur narrateur commun, sorte de démiurge farceur et malicieux;une bande-son frénétique, des couleurs criardes, des personnages habités d'une frénétique envie de vivre....Voici venue l'avainement (comprenez, bande de bourricots ignares:sortie du domaine du vain) de la mouvance, de l'instant-tanné, pressé, harcelé jusqu'à explosion dans une vibrante éloge de la vitesse.
Benny's vidéo est un des films-phare de Michael Haneke:calme, froid, limpide...et terriblement didactique.Le vieux crabe teuton, en effet, ne fait pas dans le mina-mina, son truc à lui c'est la cinéphilie olpif jusqu'à vous peler les bonbons, celle qui vous fait phosphorer jusqu'au court-jus dans la penseuse.La corrélation entre violence débridée des adolescent(e)s et pratique assidue de jeux vidéo développée en ce film n'a rien d'inédit ou d'original;elle fait même partie du catéchisme rituel des cogne-fêtus qui alimentent de leurs expertises foutrologiques les débats dits "de société".Elle nous indispose ici toutefois car le style si épuré de Haneke fait resurgir ses véritables motivations, ce qui se dissimule à grand-peine sous cette apparence de familiarité :l'angoisse de l'avenir tel qu'il s'incarne dans une jeunesse qui n'a que bien peu à voir avec les fantasmes qui sont projetés sur elle.L'univers de Benny pourrait bien sûr être le nôtre, si on en juge par l'omniprésence de l'écran;mais ce n'est pas le nôtre car il n'y est question que de l'écran vidéo, quand cette omniprésence prend pour nous au quotidien la forme d'une irréductible diversité, rendant dès lors bien superficielle toute réflexion réellement porteuse de sens à ce sujet, la référence à Jean Baudrillard, Guy Debord ou Gilles Lipovetsky faisant désormais office de faire-valoir intellectuel.

L'ère de "l'écran-monde"(Gilles Lipovetsky, Les temps hypermodernes) est celle de l'orgie visuelle permanente, ramenant la réalité à une figure de transition perpétuelle.

L'immersion sensorielle du spectateur(trice) dans Antichrist a certes pour effet d'abolir toute distance vis-à-vis de l'image mais elle le contraint à davantage de distanciation intellectuelle vis-à-vis du dispositif cinématographique où il a lieu.
Si le film s'ouvre sur une scène de fornication, c'est avec la mort de l'enfant qu'il débute véritablement:ce que nous voyons auparavant relève de leur vie quotidienne, au même titre que le tournoiement du linge dans la machine à laver.La viol-ence semble avant tout être le fait la femme que la caméra s'attache à dé-visager, à réduire à une somme de rictus tenant tout autant de la douleur que du plaisir;le mari se voit réduit d'emblée à la mécanique organique d' un corps en plein effort, sexe en érection ou dos arqué.Le personnage de Willem Defoe s'efforce de prendre possession de cette femme qui lui refuse tout regard, toute parole, tout gémissement:c'est moins d'amour que de guerre dont il est question.L'aria de Haendel se fait l'écho d'une aspiration à la pureté qui ne trouve exutoire que dans le silence ultime de la mort: celle de l'enfant que ses pieds torturés ne feront plus pleurer;celle de ces centaines de femmes accusées de sorcellerie que les flammes du bûcher ne feront plus jamais hurler;celle du personnage de Charlotte Gainsbourg, enfin, dont l'aversion morbide pour la vie aspire à une pureté in-humaine .
Les scènes de mutilations, en particulier celles des sexes, sont filmées en gros plan et en couleur, ce qui ne manque de rappeler les procédés des films gore chers à Alexandre Aja ou Julien Maury.Les torrents de sang toutefois ici disparaîssent dans l'obscurité et la putréfaction:l'acte ne porte pas en lui-même ses conséquences;il faut aller les chercher dans les motivations de celle qui le commet.Son mari a transmis cette vie qu'elle a donné, il a en même temps mis la mort en elle.Trouver refuge dans le terrier de la renarde revient à reproduire cet acte de viol-ence originel par lequel il l'a mise enceinte, la défier de détruire l'ultime vecteur de mort restant vivant, son corps.
Dressé à suivre le fil chronologique de l'histoire qu'on lui raconte, au fil d'une bande originale qui en modèle l'intensité dramatique, le spectateur-trice se trouve ici convié à plonger dans l'abîme de l'absence du sens.L'insignifiant devient sursignifiant:ce film vient nous rappeler que tout peut revêtir une signification dès lors que nous daignons lui en accorder.Quelque chose se dissimule derrière le rideau d'une réalité dont l'écran de cinéma dévoile la porosité:"La vie est une chose hideuse;et, à l'arrière-plan, derrière ce que nous en savons, apparaîssent les lueurs d'une vérité démoniaque qui nous la rendent mille fois plus hideuse."(Arthur Jermyn, H.P.Lovecraft).



Antichrist frappe, car il réaffirme la vocation essentiellement expérimentale du cinéma, contre ce "besoin de s'éclater", cette ivresse dionysiaque de s'arracher à la banalité quotidienne qui y légitime le voyeurisme plutôt que d'en interroger la puissance d'illusion .Lars von Trier dédie son film à Andrei Tarkovski non en raison d'une quelconque (et absurde, au demeurant) mysogynie commune, mais en réaction aux succès du "cartepostalisme" (Robert Bresson, Notes sur le cinématographe, NRF Gallimard, 1979), qu'il soit socialiste ou hollywoodien:leurs quêtes respectives de l'image cinématographique parfaite sont marquées par une austérité et un pessimisme qui vont au rebours des canons de leurs époques, le dépouillement esthétique de leurs films faisant surgir toute la luxuriance d'un sens que ces derniers ont précisément pour fonction de juguler.
L'accusation de mysogynie procède d'un véritable contresens.Loin de glorifier une quelconque supériorité du mâle sur la femelle supposée faible et neurasthénique, Antichrist reprend les thèses d'un certain féminisme dit "radical" d'inspiration aglo-saxonne, par opposition au féminisme dit "politique" d'une Mary Wollstonecraft par exemple, qui eut cours dans les années 1960.La femme est la victime d'une société phallocratique, spoliée de son individualité par l'homme qui en fait "sa" femme, puis par le fruit de cette union qui en fait "sa" mère, irréductiblement soumise à des obligations nourricières;la masturbation est un des moyens privilégiés pour elles de se réapproprier leur corps, les voies de l'aliénation sont aussi celles de la libération.
Le "gynocide" prend ici une dimension plus sensible encore au travers de la thérapie que le mari prétend infliger à "sa" femme, en refusant d'admettre que ses problèmes puisse avoir d'autre source que leur couple et le deuil qu'ils subissent.Ce gynocide atteint son acmé lorsque nous découvrons la nature véritable des relations qu'elle entretient avec les femmes accusées de sorcellerie:le seul moyen de préserver une maigre et illusoire part d'individualité est de se faire à son tour bourreau, en les réduisant dans un premier temps au statut de victime au travers de sa thèse, puis à une somme de sévices abominables dont il lui est tout à fait loisible de se délecter.
Dans ce théatre de marionnettes, l'absence de Dieu confine les êtres dans l'impossibilité de communiquer entre eux.Il n'y a plus ni bien ni mal, ni paradis ni enfer...la présence marquante des animaux psychopompes signifie que la vie seule a encore un sens, vers-la-mort.Nous sommes bien de ce fait aux antipodes du principe christique d'une vie après la mort, comme l'indique le titre du film.
"Tout est signe.Mais il faut une lumière ou un cri éclatant pour percer notre myopie ou notre surdité" (Michel Tournier, Le Roi des Aulnes)

# Posté le mercredi 26 août 2009 02:09

Modifié le jeudi 10 septembre 2009 02:51

Fragment d'hébétude hallée

Fragment d'hébétude hallée
Crépuscule transfert, Hubert-Félix Thiéfaine


Dans la clarté morne et glaciale
D'un ténébreux soleil d'hiver
Tu te blottis comme un animal
Sous les tôles rouillées d'une Chrysler
Entre une laverie automatique
En train de cramer et un bunker
Y'a plus grand-chose de magnétique
Sur la bande-son de ton flipper.

Les gens tristement quotidiens
Dans leur normalité baveuse
Traînent leur futur d'euro-pingouins
Au bout de leurs graisses albumineuses
Et toi tu ne sais plus où aller
De cul de sac en voie sans issue
Tu as juste appris à éviter
Les snipers et les tirs d'obus.

L'horreur est humaine, clinique et banale
enfant de la haine, enfant de la peur
L'horreur est humaine, médico-légale
Enfant de la haine, que ta joie demeure!

Sous les regards torves et nighteux
Des cyborgs aux circuits moisis
Les cerveaux devenus poreux
S'en retournent à la barbarie
Et tu traînes tes tendres années
d'incertitude et d'impuissance
Parfois tu rêves de t'envoler
De mourir par inadvertance.

L'horreur est humaine, clinique et banale
Enfant de la haine, enfant de la peur
L'horreur est humaine, médico-légale
Enfant de la haine, que ta joie demeure!

Dans les dédales vertigineux
Et séculaires de ta mémoire
Tu froisses un vieux cahier poisseux
Plein de formules d'algèbre noire
A quoi peut bien ressembler ton spleen
Ton désespoir et ton chagrin
Vus d'une des étoiles anonymes
De la constellation du Chien?

L'horreur est humaine, clinique et banale
Enfant de la haine, enfant de la peur
L'horreur est humaine, médico-légale
Enfant de la haine, que ta joie demeure!

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# Posté le dimanche 04 octobre 2009 02:06

Modifié le dimanche 04 octobre 2009 02:56

Un coup d'Eustache dans le ventre de Paris

Un coup d'Eustache dans le ventre de Paris
On va aménager les Halles, dégager "de la surface utile".Edifier, des rues Lescot à Louvre, un vaste secteur piétonnier autour des deux points touristiquement névralgiques que constituent le sémillant centre Beaubourg et la bonne vieille Eustache.
Ce sera La Canopée.
Peu importe si "la nature hait l'artifice et rien ne vaut ce qu'il n'a pas profané" selon le mot d'Erasme (Eloge de la Folie, XXXIII).Car pour reproduire l'éco-système de la forêt tropicale, on n'usera que d'énergies renouvelables:la saucée, le soleil...sans compter le béton et la sueur du personnel d'entretien, cela va sans dire.Y(ann)A(rtus)B(ertrand)on écologie!
Quant aux serres, eh bien...elles disparaîtront.Les fleurs aux formes capiteuses qui s'épanouissent langoureusement sous la verrière s'en iront fâner ailleurs.En d'autres poubelles.La grisaille du centre commercial, voyez-vous, ne saurait s'accommoder des lueurs oniriques et enchanteresses d'un quelconque Ailleurs:il faut être ici et maintenant, acheter et encore acheter.
Ou sortir.Car chaque balade en ce quartier des Halles est une véritable leçon d'anatomie commerciale.A chaque coin de rue gît un petit bout d'histoire de Paname.Un bout de la mémoire éparse des Petits Champs.
Les façades aux néons crasseux de Saint Denoche la moyen-âgeuse mouettent l'alambic mal payé, le piquomaniaque en quête de reniflette, le Pantruchard sapé riflard venu exhiber sa dernière loupeuse.De la célèbre et vigoureuse poissarde qui invectivait le chaland, il ne reste que quelques fantômes anonymes , telle cette vieille clocharde cuvant son mauvais pinard sous un tas de paletots pouilleux dont la présence sème l'effroi dans la clientèle du Gap.
Topol lui bien sûr, c'est un autre papo.Le dix-neuvième siècle, les Grands Travaux à la mesure de la mégalomanie de Napoléon le Petit...un vrai boulevard haussmanien typique, alignant les cambuses olpif jusqu'à Plumepatte.Du moins, si on ne prête pas attention aux effets ostensibles des gaz d'échappement. Tels ces malheureux Pigeons qui agonisent en silence au bord d'une poubelle.Ou ces paroissien(ne)s qui crachent leurs poumons et se frottent désespérement les callots au bord d'un passage piéton.La chèvre a déjà pris le loup.
Chacun s'en va dépeçant le Ventre de Paris, prélevant son petit bout de trophée jusqu'à ne plus en laisser
que quelques vieux os à ronger.Au sein de la nourrice désormais stérile, les vapeurs des détergents recouvrent "cette odeur des temps modernes qui vous remonte du fond de votre carter, portant le deuil des foins brûlés" si chère à Léo Ferré.Les sanglots fantômatiques des Innocents se noient dans les trop réels bruissements de bottes des CRS encadrant de leurs noirs ribarbères la piétaille hagarde.
A l'ombre d'Eustache s'élevera bientôt un "jardin rénové de 4,3 hectares", un "espace vert, unifié, de plain pied et sans clôtures"....Ce sera la Panacée.

Mais en attendant, j'sais plus où on va là.






"Le temps vide de la méditation est, à la vérité, le seul temps plein.Nous ne devrions jamais rougir d'accumuler des instants vacants.Vacants en apparence, remplis en fait.Méditer est un loisir suprême, dont le secret s'est perdu."
Cioran, De L'inconvénient d'être né, Folio Essais, Paris, 1987, p.180



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# Posté le dimanche 13 septembre 2009 06:48

Modifié le mercredi 21 octobre 2009 02:26

La Baronne de la Tronche en Bais a enfilé son paletot de sapin.

# Posté le mercredi 16 septembre 2009 02:01

Modifié le jeudi 15 octobre 2009 15:39